Annonce de suppression des budgets alloués à la lutte contre le gaspillage alimentaire
Le Ministère de la Transition Écologique envisage de supprimer l’ensemble du budget 2026 dédié au gaspillage alimentaire et à l’alimentation durable. Cette décision remettrait en cause l’ensemble des dispositifs et dynamiques régionales, y compris les RÉGAL.
Tout se jouera lors du vote du budget de l’ADEME début décembre.
Nous disposons donc de peu de temps pour réagir et tenter d’inverser cette décision.
L’équipe d’animation du RÉGAL Normandie a écrit à Monsieur Sylvain WASERMAN, Président de l’ADEME. Au nom du collectif des acteurs agissant pour réduire le gaspillage alimentaire, nous lui avons exprimé notre vive inquiétude et notre profond désaccord avec le projet de suppression des aides accordées à la lutte contre le gaspillage alimentaire, dont bénéficient les Réseaux pour Éviter le Gaspillage Alimentaire (RÉGAL) :
Lutter contre le gaspillage alimentaire : un enjeu majeur de la transition écologique
L’alimentation représente un quart des émissions de gaz à effet de serre en France. La lutte contre le gaspillage alimentaire, par son impact économique, environnemental et social, ne peut être dissociée des actions en faveur d’une alimentation saine, locale et durable.
Créés il y a dix ans dans le cadre du Pacte national pour l’alimentation, les Réseaux pour Éviter le Gaspillage Alimentaire (RÉGAL) sont les moteurs collectifs de cette ambition nationale. Alors que la Stratégie Nationale Alimentation, Nutrition et Climat (SNANC) réaffirme la lutte contre le gaspillage comme levier d’action incontournable (Objectif 7, Action n°45), le retrait annoncé du soutien financier de l’ADEME aux RÉGAL a pour conséquence la disparation de l’unique dispositif national et régional de coordination en place sur le volet du gaspillage alimentaire.
Renoncer aux RÉGAL, c’est mettre en péril nos engagements européens et nationaux
Le gaspillage alimentaire n’est pas seulement un enjeu moral : c’est un engagement national et une obligation réglementaire. L’Union européenne a voté le 16 octobre dernier des objectifs contraignants visant une réduction de 30 % du gaspillage d’ici à 2030 pour tous ses États membres. En France, la loi AGEC 2020 fixe des objectifs encore plus ambitieux. Les RÉGAL sont les acteurs clés du déploiement territorial de ces obligations : ils accompagnent la mise en œuvre des lois AGEC et EGalim et s’inscrivent dans les plans régionaux de prévention des déchets (PLPDMA). Sans RÉGAL, les instances nationales et territoriales (DRAAF, Conseil Régional, collectivités…) perdent de précieux relais opérationnels dans la mise en oeuvre des politiques publiques territoriales.
Un investissement rentable pour l’État et les territoires
Le gaspillage alimentaire coûte 16 milliards d’euros par an (ADEME, 2016). Le coût du gaspillage est estimé à 100 € par an et par habitant (MASA, 2025). Le budget nécessaire au maintien des RÉGAL est une goutte d’eau au regard des potentielles économies générées : réduction des déchets, préservation des ressources, soutien à la solidarité alimentaire. En donnant la priorité à la prévention et la réduction des déchets à la source, les RÉGAL permettent la réduction des dépenses liées à l’alimentation et à la gestion des déchets.
Les RÉGAL sont le ciment de la coopération territoriale et des accélérateurs d’actions concrètes sur le terrain
Depuis plus de dix ans, les RÉGAL créent du lien entre collectivités, entreprises, associations et services de l’État. Ils assurent la cohérence des politiques régionales, en articulant les démarches PAT, PLPDMA et PCAET et en favorisant les synergies. Supprimer les RÉGAL, c’est casser une dynamique unique de coopération entre tous les maillons de la chaîne, du champ à l’assiette. En tant que têtes de réseau au service du terrain, les RÉGAL accompagnent, forment et outillent les acteurs pour agir rapidement. Ils constituent un point d’appui essentiel pour des centaines de structures engagées contre le gaspillage alimentaire.
En 2016, la France était pionnière mondiale dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Dix ans plus tard, elle risque de devenir un suiveur sans stratégie. Sans coordination nationale, moyens dédiés ni réseaux régionaux, nos ambitions resteront lettre morte. Maintenir le financement des RÉGAL, c’est préserver un modèle collectif, efficace et reconnu, plaçant la prévention et la lutte contre le gaspillage alimentaire au cœur de la transition écologique.